Démarche
Peintre et sérigraphe, mon travail a pour thématique la destruction du paysage périurbain. Au-delà de sa destruction physique qui entraine un effondrement écologique certain, il s’agit davantage d’aborder sa destruction visuelle par la production d’espaces moches, purement fonctionnels.
Je travaille avec des matériaux non valorisants : la peinture acrylique sur de la toile de coton brute, la sérigraphie dans son approche DIY, du béton moulé, la photographie argentique avec des appareils photos et des flashs achetés sur Leboncoin et des pellicules périmées.
Avec cette approche nourrie par mes différentes expériences en squat, je mets en avant les éléments témoins de cette destruction passive, en les rendant à la fois visibles et dérisoires dans des couleurs chaudes et chatoyantes.
De plus, partant du principe que ce paysage dégradé interagit avec nos émotions je tisse un lien avec la mémoire collective, entre passé commun et dystopie, je transforme ces paysages banals en espace de souvenirs flamboyants.
Textes
Aires de jeux par Marie Vandooren
Le parcours de Marie Vandooren n’est pas celui, habituel et classique, d’une artiste sortant d’une école d’art. Elle arrive à la peinture après un cheminement moins évident, suivant des voies de traverse.
Née dans les Bouches du Rhône, lycéenne à Saint-Nazaire au lycée expérimental, étudiante à la fac d’histoire de l’art à Nantes, travaillant dans l’insertion et le social à Marseille et Nantes, participant de 2009 à 2014 aux Ateliers de Bitche (espace autogéré, libre, alternatif), elle s’installe en 2014 à Moisdon la Rivière où elle vit et travaille actuellement.
Il y a chez elle quelque chose de la nomade qui bouge et se déplace, en allant à l’essentiel, concentrant son bagage, affûtant son regard sur le monde, construisant peu à peu son univers, ses récits.
Ses peintures tissent et confrontent ses fascinations pour l’architecture, la nature, la couleur, dans des cadrages et des points de vue presque cinématographiques. Autour de chez elle, et au cours de ces déplacements, Marie Vandooren part à la recherche des aires de jeux pour enfants, ou des espaces sportifs créés en plein air, souvent à la périphérie des villages, pour les photographier. Installés en lisière des villes, en bordure d’une nature plus « sauvage », ces espaces de loisir, souvent vides, dessinent des formes géométriques, artificielles et colorées, prenant une place presque incongrue dans le paysage. Elle les photographie de jour et de nuit, réutilisant ces images pour les réinvestir dans ces œuvres.
Ses peintures ont quelque chose de mystérieux, presque d’inquiétant, installant dans le lyrisme de grands paysages, l’absurdité fascinante d’une piscine, d’un terrain de tennis, d’un toboggan aux couleurs éclatantes. Les sols semblent fondre, se diluer, tout comme l’image qui, de merveilleuse, devient plus sourde, réflexive, glissante… se fait mélancolique, rêveuse presque dangereuse, radioactive… Il y a là, un drame sous-jacent, une destruction proche, une perte.
Christophe Cesbron
Magazine Kostar, saison 16, numéro 80, avril-juin 2022
Portrait pour le Pôle des Arts Visuels des Pays de la Loire
Marie Vandooren est une artiste photographe, peintre et sérigraphe, installée depuis quelques années à Moisdon-la-Rivière, petit village de 2000 habitant·es situé en Loire-Atlantique. De nature discrète, à la fois lumineuse et très à l’écoute, Marie Vandooren se consacre pleinement à sa pratique artistique, chez elle, dans son atelier.
Après un parcours scolaire chaotique, elle obtient son baccalauréat au lycée expérimental de Saint-Nazaire en 1997. Elle devient assistante sociale, en 2008, auprès des publics sans domicile fixe. Elle s’implique beaucoup et souhaite les accompagner au mieux mais elle se confronte rapidement à la violence institutionnelle. Les techniques managériales, le rapport binaire entre exclusion et inser- tion et les objectifs chiffrés lui font perdre de vue le sens de ses missions. En 2011, elle démissionne
et revient à ses premières amours, l’art et la création. De squats en squats, de l’Usure aux Ateliers
de Bitche, tous deux situés à Nantes, Marie Vandooren roule sa bosse et prend plaisir à travailler au sein de collectifs d’artistes. Elle s’intéresse à l’architecture et au mobilier urbain, à la place difficile des sans-abris en ville, à l’absence de visibilité et de considération des femmes dans l’espace public. Dans le milieu rural, elle observe la systématisation et l’uniformisation des paysages. Cimetières, terrains de sport, aires de jeux, lotissements, pavillons se succèdent. L’espace est artificialisé, la culture appa- raît lointaine. Elle interroge l’émotion que procurent les paysages, la mélancolie notamment. « Tout est dérisoire. J’aime bien la banalité des choses », dit-elle. S’inspirant aussi bien des photographies de Martin Parr que des peintures de David Hockney et Gerhard Richter, lectrice du sociologue français Pierre Bourdieu comme du bédéiste américain Chris Ware, sa vision est politique et sociale, engagée, toujours sensible.
Marie Frampier